25/12/2011

Noël 2011...

... Les 2 petites-filles réunies !

 

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18:02 Écrit par Monique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/08/2011

Le plus vieux citoyen d'Esplechin (fin)

Un matin, en s’éveillant, les gosses du village ne virent plus ce qu’avaient pu voir leurs ancêtres d’il y a deux cents ans : une grande couture, toute nue, sans rien pour accrocher leur regard jusqu’à l’horizon... Leur vieil ami était parti, vendu à un étranger qui l’avait fait démonter et enlever.

 

On l’avait chassé.  On ne lui avait pas accordé la sympathie que l’on doit à ses vieux qui aiment à s’endormir, lentement et sans bruit, sur les lieux mêmes où ils ont toujours vécu.

 

Déjà, une charrue creusait des sillons noirs sur sa butte.  Il ne fallait pas laisser de traces à ce crime...

Il fut emmené à quelques lieues de là, dans la propriété d’un homme qui avait ressenti toute l’étendue de cette grande détresse et avait cru bien faire en agissant ainsi...  Il l’installa sur la butte d’un ancien moulin, brûlé par l’orage, et fit procéder aux réparations les plus indispensables.

 

Il resta là, durant un quart de siècle, maintenu en vie par les soins constants de cet homme plein de bonté et de sollicitude mais qui ne comprit jamais qu’un moulin ne pouvait pas être tout à fait heureux, loin des siens...

 

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Voilà ce que le moulin de bois m’a raconté, quelque temps après son arrivée chez nous...

Le vieux monsieur si bon était mort.  Sa femme céda le moulin à l’administration de notre commune qui aimait les vieilles choses. Il fut démonté une nouvelle fois, transporté par morceaux et remonté à quelques centaines de mètres d’ici, dans ce qui peut paraître, aux yeux des gens de maintenant, un coin de campagne...

 

Un petit coin !.. Entre la route dont je vous parlais tantôt, un énorme bâtiment qui ressemble à un nid d’abeilles et un immense terrain vague... qui ne le sera bientôt plus d’ailleurs, puisqu’on y construira, sous peu, une grande école.

 

Bien sûr, il y a quelques arbres, pas loin de là et, autour de lui, on a aménagé un beau petit parc, avec des bancs.  « Mais j’étouffe ici, me dit-il, et puis, ce n’est pas vraiment « ma butte... »

 

A côté, il y a un manège où les jeunes gens viennent apprendre à monter à cheval.  Cela lui rappelle un peu les gosses de son village.  Mais ils ne le regardent même pas, trop occupés qu’ils sont à se tenir correctement sur leur monture.

 

Il n’est pas tout à fait solitaire.  Tous les dimanches, des gens viennent le visiter.  Surtout des jeunes, qui n’ont jamais vu de moulin.  Ils sont accueillis par un meunier qui leur explique comment toute cette machinerie fonctionne.

 

Parfois, quand le vent souffle, le meunier habille ses ailes et il peut tourner pendant quelques heures.  Même, au début, on lui a donné un peu de grain et il a pu faire – oui !- de la vraie farine que les visiteurs ont emportée, comme il y a deux cents ans, le samedi où ses ailes ont tourné pour la première fois.

 

Mais cela n’a pas duré longtemps.  Tout est vite rentré dans le calme.  Il est devenu un vrai musée.  Il m’a dit : « Je ne suis plus un moulin.  Je ne suis plus qu’une chose inerte qui montre comment était un moulin.  Oh, mon monnier est gentil.  C’est un vrai monnier, j’en suis sûr ! Et je pense bien qu’il est aussi triste que moi de ne plus pouvoir travailler vraiment... Mais, pour lui aussi, c’est fini.  Maintenant... il est gardien de musée. »

 

On lui a remplacé beaucoup de ses poutres vermoulues par de nouvelles, sciées proprement, bien droit, à la machine.  Certaines parties qui, dans le temps, étaient en bois, comme tout le reste, sont maintenant en acier.  Une de ses grandes roues d’axe a été remplacée par celle d’un autre moulin, plus jeune que lui.

 

« Finalement... que reste-t-il de moi ?  Je ne me reconnais plus... » Et il a ajouté ceci : « Une de mes vieilles ailes a été enlevée.  Elle traîne, là, dans l’herbe, à quelques mètres de moi... »  J’ai eu beaucoup de mal à comprendre cette dernière phrase.  J’avais l’impression d’entendre comme des sanglots.

 

Dernièrement, il m’a raconté que, parmi les visiteurs, il en avait vu un, un monsieur déjà âgé, la cinquantaine, qui l’examinait attentivement.  Il était avec sa femme et il lui montrait des tas de choses... « Puis, brusquement, il s’est approché de moi et s’est mis à caresser mes poutres, à la recherche de quelque chose... de quelque chose que je n’avais plus... qu’on m’avait enlevé... Non, mon vieux, les dix générations d’initiales, de cœurs avec une flèche, de déclarations d’amour, tout cela, c’est fini aussi...  A fait, ce n’est pas toi, le Pierre qui fréquentait la Josiane ?.. »



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Voilà l’histoire, un peu mélancolique, de ce vieux moulin à vent qui, depuis longtemps déjà, voudrait mourir tout à fait.  Puisqu’il ne sert plus à rien et que, chez les siens, on n’a plus voulu de lui...

 

Parfois, il me dit que, même si je ne travaille plus, j’ai bien de la chance de n’avoir pas dû quitter mon village.  C’est vrai.  Il a raison, dans un sens.

 

Mais je regrette tout de même le temps passé où les gens venaient gentiment, en amis, me rendre visite et me voir tourner gaiement, dans l’eau de ma rivière.

 

Maintenant, ils sont là, en groupe, à me regarder, comme on regarde une antiquité.  Ils évaluent l’épaisseur de mes aubes.  Se demandent de quel bois elles sont faites.  Parlent d’énergie mécanique.  Prennent une photo et s’en vont, contents d’eux-mêmes...

 

Souvent, l’un d’eux fait une réflexion, désobligeante : « Tu crois qu’il est réellement du quatorzième siècle, ce moulin à eau ?.. »
                                                                                          

                                                                    En hommage à ma mère,

                                                                     Albert-Henri GALAN

 

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Cette brochure que j'ai retrouvée à l'école a été éditée par les jeunes du Club des Jeunes d'Esplechin sous la responsabilité de l'Abbé Jules Dellacherie en 1969 !

Albert-Henri Galan est un pseudonyme.  Mais c'est un "fils" d'Esplechin.  Il a très bien connu notre moulin.  Il y a souvent mangé ses tartines de confiture, à l'époque joyeuse des vacances où sa mère l'envoyait glaner sur les champs de la Grande Couture.

Lorsqu'un jour, au cours d'une promenade, il revit son vieux moulin, il fut ému et décida d'en écrire l'histoire à sa façon. Sous la forme d'un dialogue s'établissant entre les deux vieux moulins, celui à vent et celui à eau.  Deux vieux qui remuent leurs souvenirs, en se chauffant au soleil...

(Extrait de l'avant-propos de la brochure) 

 

Ci-dessous des photos ou gravures de ces deux moulins.  Celui "d'Esplechin" fait partie du site "Hof ter musschen".  Sur la photo de l'inauguration, on voit l'épouse du Docteur Duthoit, le "gentil monsieur" qui avait déplacé notre moulin à Arc-Ainière avant qu'il ne soit vendu à la ville de Woluwé-Saint-Lambert.  Le moulin à eau de Lindekemaele (je pense que c'est de lui qu'il s'agit vu leur proximité) est devenu un restaurant.  Je sens que je vais bientôt leur rendre une petite visite...

 

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